L’influence de la gestion des déchets sur le contrôle de la rage.

A free-roaming dog lies in a garbage-filled street.

La plupart de nos lecteurs sait que la rage est endémique dans la plupart des pays en développement dans le monde. Dans une population mondiale de chiens estimée à 687 millions, 78% (soit 536 millions) vivent dans 122 pays où la rage canine est endémique et où ils sont responsables d’ne vaste  majorité des cas de rage humaine.

Dans les pays en développement, les chiens ne sont le plus souvent pas les animaux de compagnie choyés que nous voyons à la télévision ou dans des films. Souvent, même si ces animaux appartiennent à une personne ou à une famille donnée, ils peuvent vagabonder librement dans la communauté. Ils ont un large éventail d’utilisations comme la chasse ou le gardiennage. D’autres chiens "appartiennent" à la communauté et plusieurs individus s’occupent de leurs soins. Le problème est que ces chiens libres de divaguer n’ont pas accès à suffisamment de nourriture , d’eau et à un abri, ce qui les incite à divaguer. De plus, ils ne sont d’habitude pas stérilisés et se reproduisent librement. Tous ces facteurs peuvent conduire à des conflits avec la communauté et à des problèmes comme morsures, saleté de l’endroit et accidents de la circulation. De plus la reproduction sans contrôle de ces chiens rend difficile à atteindre et à maintenir la couverture vaccinale de 70% nécessaire pour contrôler et éliminer la rage.

Ces populations de chiens rapidement croissantes sont très liées à l’urbanisation avec sa production accrue de déchets et une mauvaise gestion de leur élimination, car cela concerne l’accès aux ordures comme source de nourriture. Plus grave encore, les Nations Unies ont estimé qu’en 2050, 68% de la population mondiale serait urbaine. Généralement, une immigration rapide vers les zones urbaines, avec l’espoir de meilleures opportunités de travail et donc d’une meilleure qualité de vie, a globalement entraîné une augmentation du nombre de personnes vivant dans des bidonvilles et dans des logements temporaires ou de fortune. Cette immigration et l’urbanisation contribuent de manière significative à l’accumulation des déchets et aux problèmes de leur gestion. Les pays à croissance rapide (comme l’Inde et le Bangladesh) présentent un risque plus élevé de rage à cause d’une urbanisation croissante, des bidonvilles et des populations de chiens de rue non vaccinés vivant à proximité de décharges d’ordures mal gérées. La gestion correcte des déchets dans les rues et dans les sites de décharge est une étape essentielle de la stratégie globale de réduction des populations de chiens divaguant librement du point de vue du bien-être animal et comme aide au contrôle de la rage. Comme preuve, une étude conduite dans 10 métropoles indiennes a montré une forte corrélation entre la population des cités, la quantité de déchets solides produite et le nombre de morsures de chiens cette année-là. De plus, une corrélation significative a été observée entre le nombre de morsures de chiens par an et la production de déchets par habitant.

Three free roaming dogs and a cat look sort through garbage for food.

Même si la gestion des déchets solides de la ville n’est pas le principal moyen d’éliminer la rage (la vaccination des chiens reste la meilleure façon d’éliminer la maladie), tout porte à croire que la gestion municipale des déchets solides joue un rôle significatif dans le contrôle de la rage. Par exemple, une augmentation directe de la transmission de la rage et du risque pour les habitants des bidonvilles proches des décharges a été démontrée. Une amélioration de la gestion des déchets réduit aussi le risque d’autres zoonoses comme l’hydatidose. La gestion des déchets, comme élément de la gestion humaine des populations canines, devrait donc faire partie des programmes de contrôle de la rage canine et cet aspect est, selon nous, souvent négligé.

Pour contrôler efficacement rage canine, plusieurs interventions sont nécessaires comme des vaccinations de masse stratégiques et correctement planifiées, une gestion de la population canine et une législation stricte ainsi qu’une sensibilisation au niveau de la communauté. Cependant les programmes actuels de contrôle de la rage ne mesurent souvent pas complètement le rôle d’une bonne gestion des déchets dans le contrôle des populations de chiens et alors ils le négligent. L’engagement des communautés peut comprendre des stratégies de gestion des déchets afin de réduire les conflits homme-chien.

Du point de vue du bien-être animal, la gestion des déchets concernant les chiens qui en dépendent totalement pour leur survie doit être abordée avec précaution. Simplement réduire l’accès aux déchets, et ainsi réduire la source de nourriture sans fournir une source alternative (comme des points de nourrissage communautaires dans des zones où les chiens sont mieux tolérés) peut entraîner des conflits homme-animal à cause de l’agressivité accrue des chiens affamés à la recherche de nourriture. Ce qui à son tour va accroître la possibilité de transmission de la rage si l’incidence des morsures augmente. Ce scénario souligne la complexité de la gestion humaine des populations de chiens. Néanmoins, la gestion humaine des populations de chiens (et la gestion municipale des déchets solides qui en fait intégralement partie) devrait être considérée comme un problème clé à long terme à résoudre en appui à la vaccination à grande échelle qui vise à interrompre la transmission de la rage dans les populations de chiens où la rage pourrait devenir endémique.

Article du Dr Nicolette Wright, représentant de ICAM pour GARC.

Ce résumé s’appuie sur une publication récente de GARC. Vous pouvez avoir accès à cet article dans une revue à comité de lecture en suivant ce lien.